LÉGISLATIVES 2017 : Organisation dans la confusion ou report dans le doute ? (Par Karim DIAKHATÉ)

LÉGISLATIVES 2017 : Organisation dans la confusion ou report dans le doute ? (Par Karim DIAKHATÉ)

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Avec toute la cacophonie notée dans la délivrance des pièces d’identité biométriques et les cafouillages auxquels on assiste ces derniers temps, on peut dire, sans conteste, qu’on risque d’aller vers le scrutin électoral le plus mal organisé que notre pays ait connu depuis l’indépendance.

Il s’y ajoute la saisine, par le président de la République, du Conseil constitutionnel, pour permettre aux électeurs de voter avec « une carte d’identité nationale numérisée, une carte d’électeur numérisée, un passeport, un permis de conduire et… un récépissé » !

Le recours à l’éventualité du vote sur présentation du récépissé ne va pas, à mon avis, lever toutes les suspicions qui planent autour de la transparence et de la régularité des opérations électorales. Au contraire, ce serait la porte ouverte à toutes les spéculations, à toutes sortes de manipulations.

On se rappelle encore l’épisode des fameux « certificats de conformité » lors des élections de 1993, à Dakar surtout. A l’époque, le parti au pouvoir, le PS pour ne pas le nommer, avait préconisé cette trouvaille pour permettre à certains électeurs ne figurant pas sur le fichier électoral de voter. Sans compter les « ordonnances judiciaires » qui pouvaient, jusqu’au jour du scrutin, permettre à des électeurs de s’acquitter de leur droit de vote, « en cas de radiation indue ou d’omission ». Ces possibilités offertes à des citoyens de participer au vote avaient entrainé une utilisation abusive de ces cas exceptionnels. Redoutant une volonté de fraude par le pouvoir d’alors, l’opposition conduite par le Pds et son leader Me Abdoulaye Wade – on dirait que l’Histoire bégaie ! – aurait parfaitement paré le coup en se faisant délivrer, comme cela se faisait de l’autre côté, une quantité énorme de ces ordonnances et certificats dits de conformité… Et à l’arrivée, on a vu que les résultats au niveau de la région de Dakar étaient défavorables au pouvoir.

Il ne faudrait pas qu’on assiste au remake de cette situation préjudiciable à la démocratie et à la paix sociale.

Quant à la possibilité ou non de voir une fraude s’opérer, tout en respectant l’engagement et le sens des responsabilités de tous les acteurs politiques, je ne partage pas le sentiment de ceux qui disent qu’il n’est plus possible, en l’état actuel de notre système démocratique, de pratiquer des fraudes.

Tant que le fichier électoral n’est pas clairement délimité, passé au crible et largement diffusé, tant que la carte électorale n’est pas suffisamment identifiée et présentée au grand jour avec le nombre exact de commissions, de centres et bureaux de votes (autres éventuels lieux de vote de remplacement ou abris provisoires), et surtout le nombre exact d’électeurs recensés et inscrits, il faut s’attendre toujours à des tentatives de fraude ou, dans tous les cas, à des détournements de suffrages pour des raisons diverses. Soit par la rétention de cartes, soit par les achats de conscience, soit par le bourrage des urnes dans les lieux où toutes les parties prenantes au processus ne sont pas dignement représentées.

Seuls l’esprit de dépassement et la retenue peuvent nous garantir des échéances électorales sincères et apaisées. Pour un pays dont on se vante qu’il est un pionnier en matière de vote démocratique et de liberté tout court, ce serait un grave recul que d’assister, après le scrutin du 30 juillet prochain – si la date est maintenue – à des prolongations inutiles et une tension politique permanente qui risque, si l’on y prend garde, d’installer le Sénégal dans un contentieux électoral insoluble jusqu’en 2019. Mieux, la représentation parlementaire qui sortira de ces élections connaitra un mal « prénatal » : celui de la légitimité au regard des considérations émises plus haut. Que Dieu nous en garde !

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