Au Sénégal, étudier à l’Université virtuelle

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Devant l’augmentation constante du nombre d’étudiants dans le pays, le Sénégal a misé sur l’enseignement à distance en créant l’Université virtuelle du Sénégal en 2013. Outil d’amélioration de l’éducation et enjeu de développement, le numérique est en plein essor sur le continent.

Daouda Sarr est un élève consciencieux : toute la semaine, de 9 heures à 17 heures, l’étudiant en master 1 multimédia et communication digitale se connecte sur la plateforme en ligne de son université pour suivre ses cours. Il est l’un des 35 000 étudiants du pays inscrits à l’Université virtuelle du Sénégal (UVS). Créée en 2013, elle est la première université d’Afrique de l’Ouest dédiée à l’enseignement numérique à distance, également la première en termes d’effectifs.

Après avoir suivi une formation d’un mois pour maîtriser les outils techniques et la plateforme numérique, et ainsi limiter le décrochage scolaire, Daouda se souvient avoir reçu de l’UVS le premier ordinateur portable de sa vie ainsi qu’une clé Internet, rechargeable mensuellement.

Autonomie et proximité

« Pour chaque cours, nous avons une séance de tutorat avec un professeur et des travaux dirigés en direct. On peut échanger et poser nos questions », souligne l’étudiant qui apprécie cette proximité avec les professeurs.

Plus de 450 enseignants du monde entier fournissent des contenus en plus de ceux produits par les 24 enseignants de l’UVS. Les examens se font en ligne ou en présentiel, au sein de l’un des 13 espaces numériques ouverts (ENO) dispersés dans le pays. Ces lieux de savoir, qui fournissent une connexion Internet à ceux qui n’en bénéficient pas dans leur village, sont aussi des lieux de socialisation, un moyen d’échanger et de s’entraider entre étudiants.

Transition agroécologique, l’autre indépendance du Sénégal ?

Au départ sceptique, Sofi Gueye ne se voit plus étudier autrement. « La journée, je travaille pour une plateforme de contenus éducatifs en ligne et, le soir, j’étudie avec l’UVS. J’aime cette flexibilité », insiste l’étudiante en master 2 sciences de l’éducation, spécialisée en technologie de l’éducation, à Dakar. Elle ambitionne de lancer un projet d’« e-learning » (formation à distance), consciente que « l’éducation se tourne de plus en plus vers cette option ».

Les métiers du numérique à l’honneur

Car l’UVS, qui propose une soixantaine de formations, a particulièrement mis en avant les filières scientifiques et numériques. « 50 % des étudiants y sont inscrits. Il y a un déficit important dans ces métiers sur le continent, cela se répercute aussi sur le développement », argumente le docteur Alpha Dia, directeur des études, de la recherche et de l’innovation à l’UVS. C’est justement ce qui a attiré Daouda pour qui « tout sera numérique dans le monde de demain ».

La deuxième université publique du pays, subventionnée par l’État, propose des frais de scolarité attractifs : 25 000 FCFA par an (38 €) en licence et 50 000 FCFA (76 €) en master. « Aujourd’hui, le plus gros défi de cet enseignement n’est pas la logistique mais la perception : le mot virtuel passe encore mal, mais cela change, notamment avec les répercussions du Covid-19 sur le système d’enseignement classique », souligne le docteur Dia qui plaide pour une cohabitation intelligente entre les deux modèles.

À l’image du Sénégal, de nombreux pays africains adoptent ces projets qui mettent les technologies de l’information et de la communication (TIC) au cœur de l’enseignement supérieur. Problème d’équité dans l’accès aux universités qui pousse de nombreux bacheliers à quitter leur région, augmentation du nombre de bacheliers ces 15 dernières années, dégradation des conditions d’enseignement, moindre qualité des cours sont autant de défis que le numérique peut aider à relever, contribuant ainsi au développement des pays.

Clémence Cluzel

(Source : La Croix, 2 juin 2020)

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